Une crise plus grave que 2008 ?

Publié le par Boule de neige

 Nous reprenons un excellent article paru dans l'hebdomadaire Valeurs Actuelles (2 septembre 2010)

 

Pour Jean Bothorel les marchands du Temples sont plus actifs que jamais.

Les plans de relance que nos dirigeants ont mis en place à nos frais n'ont servis qu'à permettre aux financiers de spéculer toujours et toujours !

 

 

 

 

http://www.valeursactuelles.com/parlons-vrai/parlons-vrai/une-crise-plus-grave-que-2008

 

 

 

 Il est de plus en plus probable que nous revivions, d’ici à quelques mois, une nouvelle crise beaucoup plus grave que celle de 2008. Nul besoin, en effet, d’être un “expert” en économie pour constater que les dérives qui ont débouché sur le krach de 2008 n’ont pas été éradiquées mais qu’elles se sont amplifiées.

 

D’abord, dollars et euros coulent à flots comme jamais : gigantesques plans de relance ou de soutien aux États-Unis et en Europe ; prêts et aides du FMI ; planche à billets – pardon, quantitative easing ! – de la Fed. M. Bernanke a repris, sans vergogne, la politique de M. Greenspan, son prédécesseur.

 

Ensuite, ces capitaux qui se déversent sur les cinq continents, et qui devaient avoir pour vocation de réactiver la machine économique en luttant contre le gel du crédit, n’ont nullement été canalisés. Ils ont repris le même chemin que celui des années 1990 et 2000 : la spéculation, le leverage via des hedge funds rebadigeonnés. Les génies de Wall Street qui ont inventé les fameux produits dérivés – baptisés ensuite produits toxiques – n’ont jamais cessé de phosphorer et n’ont jamais été en panne d’imagination. À ce propos, il est plaisant de rappeler que les produits dérivés étaient couronnés, avant 2008, d’un triple A par les agences de notation…

 

Aujourd’hui pas plus qu’hier aucune autorité nationale ou internationale n’a pris les moyens de freiner l’appétit de cette ingénierie financière dont le seul objectif est la “maximisation” des profits. Toutes les déclarations tonitruantes des chefs d’État, dont Nicolas Sarkozy, sur l’impérieuse nécessité de mettre de l’ordre dans les circuits bancaires et financiers relèvent de la redondance. Il ne s’est rien passé au dernier G20, il ne se passera rien au prochain. Quant au bruit autour des salaires des PDG, des paradis fiscaux et de la “moralisation” du capitalisme, il n’est que cinéma. La crise de 2008 n’a été provoquée ni par l’extravagance de certaines rémunérations ni par les paradis fiscaux, elle l’a été par des banquiers incompétents, imprudents et âpres. Fascinées par les bénéfices que dégageaient les effets de levier, des banques ont prêté aux fonds spéculatifs dix fois, vingt fois le montant de leurs capitaux pro­pres ! Le problème n’est donc pas la “moralisation” du capitalisme, mais son contrôle, sa régulation. Or, les États-Unis sont hostiles à toute forme de régulation.

 

L’usage des centaines de milliards de dollars que l’administration Obama a investis dans les entreprises n’est pas du tout contrôlé. L’idée que l’État puisse exercer une surveillance quelconque sur le management des sociétés privées est étrangère aux Américains. L’affaire Madoff en a été la démonstration extrême. Bref, une nouvelle “bulle” financière se forme au-dessus de nos têtes et elle ne tardera pas à exploser.

 

Enfin, la dévaluation compétitive, que la bien-pensance jugeait obsolète, a retrouvé toutes ses couleurs. M. Trichet, gouverneur de la BCE, apôtre de la rigueur monétaire, a été contraint de laisser filer l’euro. Qu’on se ras­sure. Il sait parfaitement que M. Bernanke donnera, s’il le faut, un petit coup d’accélérateur à sa planche à billets et que le dollar va, de facto, se déprécier et l’euro remonter. Le président Obama n’a-t-il pas déclaré qu’il voulait doubler les exportations de son pays ? La dévaluation compétitive est désormais chose acquise et nous risquons d’assister à une bataille sans merci entre le dollar, l’euro et le yuan. Bataille dont le corollaire imparable sera la forte tentation protectionniste.

 

Les trois germes d’une crise majeure se trouvent ainsi réunis : l’accroissement insensé de la masse monétaire qui, conjugué avec des taux d’intérêt dangereusement bas, peut entraîner non pas de l’inflation mais de la déflation ; la spéculation ; le protectionnisme. Au bout d’une telle germination, il y a la récession et, cette fois, celle-ci englobera les pays émergents. En vérité, les dirigeants des institutions monétaires, bancaires et financières internationales s’apparentent à des marchands du Temple. Voilà trente ans qu’ils mentent ou qu’ils trichent, pour le bonheur du “capitalisme mondialisé”, selon l’expression convenue. Mais ce n’est pas le “capitalisme” qui est ici en cause, ce sont quelques apprentis sorciers qui, toujours, privilégient les flux financiers sur l’activité humaine. Le résultat, chacun peut, déjà, en prendre la mesure : la mondialisation nous tire vers le bas, non vers le haut.

 

Demain, les pays les plus riches s’aligneront sur le niveau de vie des pays émergents puis des pays sous-développés. Et non l’inverse, comme nous le promettent les chantres de “l’économie globale”. Chez nous l’ascenseur social s’est arrêté. Il est en train de s’arrêter à l’échelle de la planète. Chapeau, les artistes !  Jean Bothorel

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